Homélie du  1er Dimanche de Carême A ; 26.02.2023, « Vaincre le tentateur »

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Genèse 2, 7-9 ; 3,1-7a
Psaume 50 (51), 3-4.5-6.12.13.14.17
Romains 5, 12-19
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11

« La femme répondit au serpent : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Le serpent dit à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Et la suite, nous la connaissons tous ; la femme mangea de ce fruit interdit, qu’elle donna aussi à son mari ; ce fut l’entrée de la désobéissance et du péché dans le monde. Ce n’est un secret pour personne, tout ce qui est interdit est toujours source de convoitise, et tout se passe comme si l’interdit est attirant, parce qu’il présente toutes les caractéristiques du savoureux et du divin. C’est donc ce double caractère du savoureux et du divin qui a été à l’origine de la déchéance d’Eve et d’Adam, puisqu’il s’agit d’eux.

Ce récit du livre de la Genèse nous enseigne que sur le chemin de l’interdit, se trouve toujours le malin (ou le tentateur) pour nous déjouer de la norme. Ce tentateur est aussi charmant que l’est l’interdit qui fait objet de la convoitise. C’est un tentateur qui allie à la fois du réel et de l’irréel, afin de paraitre vrai dans ses déclarations et de convaincre ses proies. En effet, le fruit interdit était source de la connaissance du bien et du mal, et le tentateur ne le savait que trop bien ; mais il présente cette vérité à l’envers, car il essaye de montrer que, ne pas manger ce fruit causerait un tort énorme à Eve et à Adam, et pourtant ces derniers étaient déjà comblés par Dieu, et ne manquaient donc de rien. L’erreur de l’être humain ici est de soupçonner Dieu de vouloir la perte de l‘homme. En réalité, c’est la prétention de l’homme à vouloir devenir comme des dieux qui est sa première source de chute. Notre prétention est toxique chaque fois qu’elle prend le dessus sur notre raison, parce qu’elle nous rapproche du tentateur par son caractère orgueilleux et vaniteux, nous plongeant inéluctablement vers notre propre échec. Notre combat quotidien est donc de nous défaire de la prétention à devenir comme des dieux.

A l’opposé d’Adam et Eve, Jésus-Christ ne fait pas de part belle au tentateur dont il connait très bien les subtilités ; ruse, charme, pire encore, intelligence des Écritures saintes qu’il essaye de manipuler à sa guise : «  si tu es le Fils de Dieu… », lui dit le tentateur à deux reprises. La première mise à l’épreuve du Christ est donc celle de la justification de son identité par sa capacité à faire des miracles. C’est justement là le problème fondamental de l’homme ; un Christ de miracles. Toute notre foi est devenue une foi à la recherche effrénée des miracles, à tel enseigne qu’il est difficile de croire en Jésus en dehors d’un quelconque miracle, au point où nous sommes obligés d’en fabriquer, pour nous convaincre nous-mêmes de la présence du Christ dans nos vies. La foi des miracles nous plonge dans l’illusion totale de la connaissance de Dieu et de sa volonté en nous. «  si tu es le Fils de Dieu.. » Cette phrase exprime de façon tacite un doute à l’endroit de l’identité de Jésus, mais aussi une mise au défi de sa puissance sur le monde et les événements de notre histoire. Seul le tentateur réclame des miracles au Christ pour le mettre à l’épreuve, le chrétien quant à lui, croit du fond de son espérance sans poser de condition. C’est le sens de la réponse de Jésus au tentateur, c’est-à-dire à tous ceux qui considèrent encore le Fils de Dieu comme un mythe : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Bon début de Carême !

Pata KANGUE, CSSp

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