Pardonner à l’infini – Homélie du Jeudi de la 19è semaine du Temps ordinaire, 13.08.2020 Année A

Pardonner à l’infini – Homélie du Jeudi de la 19è semaine du Temps ordinaire, 13.08.2020 Année A

PREMIERE LECTURE – Lecture du livre du prophète Ézékiel 12, 1-12
Psaume 77 (78) «N’oubliez pas les exploits du Seigneur !»
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,  21 – 19, 1

 « Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ?  Jusqu’à sept fois ? » Ce n’est pas le fait de n’avoir jamais pardonné à son frère qui pousse l’apôtre Pierre à poser cette question au maitre, mais c’est probablement qu’étant donné que celui qui pardonne est lui-même soumis à des conditions humaines faites de stresses et de découragement, son pardon pourrait également être défini dans les limites de ses conditions de vie au regard des circonstances qui semblent ne pas faire prendre conscience au pénitent, de l’urgence de se convertir.

Faire quelque chose sept fois dans le contexte socioculturel de Pierre était le symbole du maximum que l’on pouvait offrir. Pierre comme tous ceux de son entourage, estimait donc qu’une action menée à sept reprises en vain, ne valait plus la peine qu’on y accorde une quelconque importance ; or pour Jésus, le chiffre sept était bien trop peu, car l’on se mettait à compter le nombre de fois qu’on a accordé le pardon à son frère, ce qui signifiait implicitement qu’on comptait par ce procédé, le nombre de fois où le frère nous a offensé. Ce qui revenait à dire que « pardonner ce n’est pas oublier », puisqu’on rappelait bien au frère que c’était la première, la deuxième fois, ainsi de suite jusqu’à la septième, en remettant chaque fois sur la table, les raisons qui ont été à l’origine des discordes.

La parabole qui est donnée à Pierre en guise de réponse à cette façon de faire, montre bien que ce type de pardon ne répond pas au désir réel de passer l’éponge sur les offenses dont on a été victime, mais qu’il favorisait au contraire, le désir d’atteindre un nombre de fois qui pousse à l’agacement au point de renoncer à une véritable réconciliation. Alors pour éviter de créer un chaos social en considérant que celui qui nous a offensé n’est plus digne de notre pardon, il faut pardonner « jusqu’à 70 fois sept fois. » Que celui d’entre-nous qui est passé maitre dans l’art de compter le nombre de fois auquel il a accordé son pardon à son semblable se mette donc au travail ! Cet appel au caractère infini du pardon a pour but de donner une réponse proportionnelle au caractère infini de notre nature pécheresse devant laquelle nul n’est à l’abri. La fin de la parabole nous enseigne que seuls ceux qui connaissent les bienfaits du pardon peuvent à leur tour pardonner du fond du cœur. Aussi longtemps que nous serons des êtres humains, chacun de nous sera toujours redevable de l’autre en matière de pardon. Et le pardon de Dieu envers nous n’a pas de compteur. Seigneur prends pitié de nous et accorde-nous ton pardon !

Père Etienne KANGUE ESSIBEN, Cssp
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